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# 🦈・Samehada, Mère des Requins 🆕

Contrairement aux autres Épées de la Brume, Samehada ne fut jamais conçue pour servir Kirigakure ni même pour répondre à une quelconque logique militaire. Son existence précède de très loin la fondation du village, à une époque où les Hoshigaki n’étaient encore qu’un clan parmi d’autres dans le Pays de l’Eau, et où les guerres entre familles définissaient encore l’équilibre de l’archipel. Pendant la majeure partie de son histoire, elle ne fut qu’une relique transmise de génération en génération, respectée pour son ancienneté et son aspect étrange, mais sans jamais être perçue comme une arme véritablement supérieure aux autres.

Les traditions du clan la décrivent comme une lame dont l’origine s’est perdue dans le temps, façonnée à partir d’os marins et de dents de requins solidement assemblées autour d’une structure ancienne, presque primitive. Même à l’époque où elle circulait déjà au sein du clan, elle ne possédait aucune réputation particulière de puissance, et rien ne permettait de la distinguer des nombreuses armes rituelles conservées par les grandes familles du Pays de l’Eau. Les Hoshigaki la préservaient davantage comme un symbole de continuité et d’héritage que comme un outil de combat, convaincus qu’elle appartenait à leur histoire plus qu’à leur arsenal.

C’est dans cet état qu’elle fut transmise jusqu’à Kaiya Hoshigaki, bien avant que Rangetsu Hōzuki n’en entende parler. Kaiya n’avait pourtant aucune nécessité de conserver une telle relique, son niveau de chakra étant déjà reconnu comme exceptionnel au sein du clan, au point de dépasser tout ce qui avait été mesuré jusque-là. Elle aurait pu obtenir n’importe quelle arme moderne, plus stable, plus efficace, et pourtant elle conserva Samehada sans jamais chercher à la remplacer, comme si quelque chose dans cette lame ancienne lui paraissait évident, même sans pouvoir l’expliquer clairement.

Avec les années, son comportement à l’égard de l’arme devint de plus en plus singulier aux yeux de son entourage. Elle ne s’en séparait jamais longtemps, et lorsqu’on lui demandait les raisons de cet attachement, ses réponses variaient sans jamais apporter de justification pleinement rationnelle. Elle évoquait parfois une sensation de confort, parfois une impression de présence discrète lorsqu’elle l’utilisait, et certains témoins affirment qu’elle semblait presque contrariée lorsqu’elle devait combattre sans elle. Rien, à ce stade, ne permettait encore de relier ces comportements à une quelconque évolution de la lame elle-même.

Au fil des décennies, Kaiya Hoshigaki devint pourtant l’une des figures les plus redoutées du Pays de l’Eau, une combattante et une matriarche du banc dont la réputation dépassa rapidement les frontières maritimes de l’archipel. Les récits de l’époque la décrivent comme une prédatrice capable de traquer ses cibles sur de longues périodes, traversant mers et territoires avec une endurance qui semblait ne jamais s’épuiser. Les survivants de ses affrontements parlaient moins d’une technique que d’une présence constante, méthodique, presque inévitable, comme si chaque déplacement était déjà anticipé avant même qu’il ne soit effectué.

Durant toute cette période, Samehada ne présentait toujours aucun signe distinctif qui aurait permis de la considérer comme autre chose qu’une relique ancienne. Elle accompagnait Kaiya comme elle avait accompagné ses ancêtres, sans manifestation particulière, sans transformation visible, et rien ne laissait présager que son histoire allait basculer.

La cinquantième année de Kaiya marqua cependant une rupture progressive. Une blessure grave, contractée lors d’un combat dont les circonstances exactes furent en grande partie perdues, altéra durablement sa condition physique. Elle survécut, mais son corps ne retrouva jamais pleinement sa vigueur initiale, et cette fragilité nouvelle s’installa lentement dans son quotidien, modifiant son rapport au combat comme à son propre chakra. C’est dans cette période de déclin qu’elle commença à consigner ses pensées dans des carnets, initialement centrés sur son état, ses souvenirs, puis de plus en plus imprégnés d’éléments difficiles à interpréter.

Dans ces écrits, Kaiya décrit progressivement des phénomènes qu’elle peine elle-même à rationaliser. Elle évoque d’abord des impressions diffuses lorsqu’elle manipule Samehada, comme si la lame réagissait à ses états internes, puis ces sensations deviennent plus précises, jusqu’à prendre la forme de véritables échanges nocturnes. Selon ses propres mots, l’arme lui répondait, non pas avec une voix au sens strict, mais par des pensées qui ne semblaient pas lui appartenir, porteuses de souvenirs anciens et de perceptions qu’aucun être humain ne pouvait raisonnablement posséder.

Au fil des semaines, ces dialogues gagnent en consistance, au point que Kaiya ne les présente plus comme des hallucinations possibles mais comme une réalité à part entière, intégrée à son quotidien. La lame évoque sa faiblesse croissante, son corps qui décline, et surtout une alternative qu’elle désigne à plusieurs reprises sous le terme de « fusion », sans jamais en définir clairement les modalités. Kaiya, dans ses derniers écrits, ne semble ni totalement opposée ni totalement convaincue, mais plutôt progressivement absorbée par cette possibilité qu’elle ne parvient plus à rejeter complètement.

La nuit de sa disparition reste l’un des événements les plus obscurs liés au clan Hoshigaki. Plusieurs témoins situés à proximité rapportèrent un phénomène sonore inhabituel, décrit de manière différente selon les récits, mais convergeant tous vers une même image, celle d’un volume d’eau immense semblant se déplacer ou s’engouffrer dans un espace impossible, suivi immédiatement d’un silence anormalement dense. L’événement fut bref, mais suffisamment marquant pour être conservé dans la mémoire collective du clan.

Lorsque les membres du clan pénétrèrent dans la demeure de Kaiya au matin suivant, ils ne trouvèrent ni combat, ni trace de fuite, ni corps. Tout indiquait que la pièce avait été laissée dans un état presque intact, comme si rien ne s’y était produit, à l’exception de la disparition complète de celle qui l’occupait. Au centre de la pièce reposait pourtant Samehada, immobile, dans son apparence habituelle.

C’est à ce moment que les premiers changements furent observés. La lame, autrefois simple relique ancienne dépourvue de comportement identifiable, semblait désormais réagir à son environnement, ses dents présentant des micro-mouvements imperceptibles mais constants, et sa surface répondant au chakra de manière inhabituelle. Plusieurs membres du clan décrivirent également une sensation de présence, difficile à définir, comme si l’objet n’était plus totalement inerte, mais observait son environnement avec une attention propre.

Au cours des semaines suivantes, ces phénomènes se confirmèrent et s’intensifièrent, jusqu’à rendre évident un constat que personne n’avait anticipé. Samehada n’était plus la relique conservée par tradition, elle était devenue autre chose, une entité dont la nature exacte échappait aux cadres habituels de compréhension du clan. Les hypothèses se multiplièrent, certaines évoquant une absorption, d’autres une transformation volontaire, mais aucune ne permit d’apporter une explication pleinement satisfaisante.

Dans la mémoire des Hoshigaki, une idée finit néanmoins par s’imposer avec le temps. Kaiya n’aurait pas simplement disparu, elle aurait contribué à la transformation de la lame elle-même, son chakra, son expérience et peut-être une partie de son identité s’étant mêlés à Samehada lors de cet événement final. Rien ne permit jamais de le prouver, mais cette interprétation resta la plus persistante, notamment en raison du comportement des porteurs suivants, qui décrivirent tous une impression similaire, celle d’une conscience ancienne observant à travers la lame, comme si quelque chose, ou quelqu’un, continuait d’exister au-delà de sa disparition.

Lorsque Rangetsu Hōzuki intégra finalement Samehada parmi les Sept Épées de la Brume, il ne fit que reconnaître une réalité déjà établie depuis longtemps. Il ne découvrit pas une arme créée pour la guerre, mais une existence qui avait évolué seule au fil des siècles, jusqu’à dépasser le simple statut de relique. Il la laissa telle quelle, consciente, instable dans sa nature, et déjà profondément différente de tout ce que Kirigakure avait pu concevoir.

> *« J'ai cru pendant cinquante ans que je portais une vieille lame dont personne ne comprenait l'origine. Aujourd'hui, je me demande si ce n'est pas elle qui m'a portée jusqu'ici. » -* Kaiya Hoshigaki.

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