đ”ă»Mizukage
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1Úre Génération
Au milieu du chaos des clans du Pays de lâEau se leva Gendagetsu HĆzuki, celui que lâon surnomma le Serpent-Fondateur. RusĂ©, patient et dâune cruautĂ© glaciale, il comprit avant tous les autres que le Pays de lâEau ne serait jamais uni par lâespoir, mais par la peur, les pactes et le sang.
PlutĂŽt que de poursuivre une guerre sans fin, il convoqua les grands chefs de clan dans une caverne, sous prĂ©texte de nĂ©gocier une trĂȘve. Les torches sâĂ©teignirent dans la nuit, les cris furent avalĂ©s par la roche, et seul Gendagetsu en ressortit vivant. Sa lĂ©gitimitĂ© ne fut pas votĂ©e, ni offerte : elle fut gravĂ©e dans le sang des anciens.
Sous son rĂšgne, Kirigakure prit forme. Non comme un village de paix, mais comme une forteresse de brume, de silence et de crainte. Gendagetsu fit du brouillard lâĂąme mĂȘme de Kiri : un voile pour cacher les secrets, une arme pour perdre les ennemis, et un linceul pour rappeler Ă ses habitants que la survie valait plus que la justice.
Premier grand architecte du pouvoir HĆzuki, il posa les bases dâun village gouvernĂ© par la hiĂ©rarchie, les dettes, les serments et les menaces invisibles. Il institua les premiĂšres unitĂ©s secrĂštes, imposa la loi du silence, et fit comprendre Ă chaque clan que la guerre cesserait tant quâils craindraient davantage le Mizukage que leurs propres ennemis.
Pour ses partisans, Gendagetsu fut celui qui mit fin Ă un siĂšcle de carnage. Pour ses ennemis, il fut le premier bourreau dâun village condamnĂ© Ă confondre ordre et terreur. Mais tous sâaccordent sur un point : il donna Ă Kiri son visage, celui de la Brume Sanglante, oĂč la mort nâest pas seulement une fin, mais un langage.
Sa disparition demeure un mystĂšre. Certains disent quâil mourut Ă©touffĂ© par les vapeurs de la mer, dâautres quâil fut trahi par ses propres hommes. Mais dans les tavernes noyĂ©es de Kiri, une lĂ©gende persiste : Gendagetsu ne serait jamais vraiment mort. Il se serait fondu dans la brume, et chaque Mizukage aprĂšs lui nâaurait fait quâentendre, quelque part dans le brouillard, lâĂ©cho de son premier ordre.
Si Gendagetsu HĆzuki avait uni la brume par la peur, Kurai Hoshigaki lâensevelit dans le sang. DeuxiĂšme Mizukage de Kiri, il ne fut ni un bĂątisseur patient, ni un stratĂšge subtil, mais une bĂȘte de guerre. On le surnomma le Requin Obscur, car lĂ oĂč son prĂ©dĂ©cesseur voyait dans la brume un outil de contrĂŽle, Kurai y vit une arĂšne.
Ă peine intronisĂ©, il imposa une vĂ©ritĂ© brutale : seul le fort mĂ©rite de vivre. Sous son rĂšgne, la peur devint une culture, et lâAcadĂ©mie de Kiri se transforma en Ă©cole de meurtre. Les enfants Ă©taient enfermĂ©s par classes entiĂšres et contraints Ă sâentre-tuer ; ceux qui ressortaient devenaient shinobi, les autres disparaissaient comme de simples souvenirs avalĂ©s par le brouillard.
Kurai ne voulait pas former des soldats, mais Ă©lever des prĂ©dateurs. Pour lui, lâinstinct valait mieux que la morale, la cruautĂ© mieux que lâhĂ©sitation, et le sang versĂ© Ă©tait la seule preuve dâune force vĂ©ritable. Il façonna ainsi une gĂ©nĂ©ration de monstres, convaincu que Kiri ne survivrait quâen devenant plus terrible que tous ses ennemis.
Mais sa violence ne resta pas enfermĂ©e derriĂšre les murs du village. Kurai lança les premiĂšres grandes guerres dâexpansion, frappant Kumo et Iwa avec une brutalitĂ© qui fit trembler le monde shinobi. Les reprĂ©sailles furent terribles, des Kage tombĂšrent, des gĂ©nĂ©rations furent sacrifiĂ©es, mais le DeuxiĂšme Mizukage nây vit jamais une perte. Ă ses yeux, chaque massacre Ă©tait une purification.
Sous son rĂšgne, Kirigakure cessa dâĂȘtre un village isolĂ© du Pays de lâEau pour devenir une menace que les nations apprirent Ă craindre. Dans les ports, sur les mers et aux frontiĂšres, un murmure se rĂ©pandit : dans la brume, on ne revient jamais.
Pour les Hoshigaki, Kurai resta un héros, le requin qui offrit à son clan une place au sommet. Pour le reste du monde, il fut un cauchemar éveillé, un Mizukage qui fit de Kiri une machine à produire des monstres.
Lorsque la mer recouvrit son corps, on raconte que les requins se repaissaient de sa dĂ©pouille avec une telle frĂ©nĂ©sie que mĂȘme la brume sembla se teinter de rouge. De son rĂšgne, Kiri conserva une doctrine gravĂ©e dans le sang : on ne naĂźt pas ninja dans la brume, on survit pour le devenir.
Lorsque la tempĂȘte de sang de Kurai Hoshigaki se dissipa, Kiri nâĂ©tait plus quâun village de ruines, de clans mĂ©fiants et de gĂ©nĂ©rations brisĂ©es. Câest dans ce silence lourd que sâĂ©leva Rangetsu HĆzuki, hĂ©ritier de la lignĂ©e du Serpent-Fondateur. LĂ oĂč Kurai avait gouvernĂ© par la violence brute, Rangetsu prĂ©fĂ©ra la ruse, les ombres et la peur silencieuse. On le surnomma le StratĂšge Sinueux.
Rangetsu ne chercha jamais rĂ©ellement la paix. Il sut seulement en porter le masque. DĂšs son ascension, il manipula les rivalitĂ©s entre les clans, nourrit les soupçons, fit disparaĂźtre les opposants et installa un Ă©quilibre instable oĂč chacun craignait dâĂȘtre trahi par son voisin. Sous son rĂšgne, la brume ne fut plus seulement un voile : elle devint une prison invisible.
Câest Ă©galement lui qui comprit la puissance des symboles. Pour donner Ă Kiri un visage capable de terrifier le monde, Rangetsu ordonna la crĂ©ation, la rĂ©cupĂ©ration et la rĂ©union des armes qui deviendraient les Sept ĂpĂ©es de la Brume. Certaines furent forgĂ©es sous son autoritĂ©, dâautres existaient dĂ©jĂ ou furent intĂ©grĂ©es aprĂšs avoir prouvĂ© leur valeur, mais toutes furent rassemblĂ©es par sa volontĂ© pour former une institution unique : celle des sabreurs de Kiri.
Avec ces lames, Rangetsu ne crĂ©a pas seulement des armes. Il donna naissance Ă un mythe. Samehada, KubikiribĆchĆ, Hiramekarei, Nuibari, Kiba, Kabutowari et Shibuki devinrent les icĂŽnes sanglantes du village, confiĂ©es Ă des shinobi choisis moins pour leur loyautĂ© que pour leur capacitĂ© Ă survivre Ă la folie quâelles exigeaient.
Sous son rĂšgne, Kiri devint le village des sabreurs, des espions et des disparitions nocturnes. Ă lâextĂ©rieur, la Brume Ă©tait redoutĂ©e comme une nation dâassassins. Ă lâintĂ©rieur, chaque shinobi apprit Ă voir dans son frĂšre dâarmes un possible traĂźtre, un possible informateur, ou la prochaine lame envoyĂ©e contre lui.
Rangetsu laissa derriĂšre lui un village exsangue, mais plus terrifiant que jamais. Il ne donna pas la paix Ă Kiri, car la paix nâavait jamais Ă©tĂ© son objectif. Il lui donna une identitĂ©, une doctrine et une lĂ©gende : dans la brume, la mort ne vient pas toujours dâun ennemi. Parfois, elle porte le bandeau du mĂȘme village.
Lorsque Rangetsu HĆzuki sâĂ©teignit, laissant derriĂšre lui un village rongĂ© par la peur, les purges et la paranoĂŻa, ce fut un sabreur qui sâempara du trĂŽne : Kazuyori Karatachi. Issu dâun clan discret, attachĂ© Ă lâĂ©quilibre et Ă la retenue, il en fut pourtant lâexact opposĂ©. LĂ oĂč les siens cherchaient la mesure, Kazuyori choisit lâexcĂšs. LĂ oĂč son clan prĂŽnait l'assassinat, lui ne vit dans Kiri quâune scĂšne oĂč la mort devait ĂȘtre comptĂ©e, montrĂ©e et cĂ©lĂ©brĂ©e.
On le surnomma le Compteur de Morts, car chaque vie arrachĂ©e nâĂ©tait pas pour lui une perte, mais une mesure de puissance. Chaque matin, dit-on, on lui apportait un parchemin oĂč lâon inscrivait le nombre de morts de la veille. Ce chiffre seul suffisait Ă nourrir ses dĂ©cisions, comme si le village ne se jugeait plus Ă sa stabilitĂ©, mais Ă la quantitĂ© de cadavres quâil pouvait produire.
Sous son rĂšgne, le cĆur de Kiri devint une arĂšne : la Fosse Sanglante. On y jetait des enfants, des prisonniers, des shinobi suspects ou des faibles dĂ©signĂ©s, contraints de se battre sous les cris du peuple. Pour Kazuyori, la mort nâĂ©tait pas un Ă©chec, mais un enseignement. Les plus cruels survivaient, les plus faibles disparaissaient, et la Brume apprenait Ă applaudir ceux qui savaient tuer.
Les Sept ĂpĂ©es de la Brume, rĂ©unies sous Rangetsu, trouvĂšrent sous Kazuyori leur apogĂ©e. Il les Ă©leva au rang dâordre sacrĂ©, faisant des sabreurs une caste Ă part, presque supĂ©rieure au village lui-mĂȘme. Pour manier lâune de ces lames, il ne suffisait pas dâĂȘtre fort : il fallait survivre Ă la Fosse, renoncer Ă toute faiblesse, et offrir son existence entiĂšre Ă la Brume Sanglante.
Ă lâextĂ©rieur, Kazuyori lança des raids maritimes incessants contre les cĂŽtes du Pays de la Foudre et les terres isolĂ©es du Pays de la Terre. Chaque attaque laissait derriĂšre elle des villages brĂ»lĂ©s, des corps exposĂ©s et des rĂ©cits volontairement semĂ©s pour nourrir la terreur de Kiri. Ă lâintĂ©rieur, toute contestation finissait dans la Fosse, sous le regard dâun peuple que lâon avait appris Ă confondre justice et exĂ©cution.
Kazuyori ne bĂątit pas Kiri, il la dĂ©vora. Il ne chercha pas Ă lâorganiser, mais Ă lâexalter dans ce quâelle avait de plus cruel. Lui qui avait pactisĂ© avec la brume promettait aux Ăąmes noyĂ©es dans son voile un spectacle sanglant, et fit de chaque mort une offrande Ă cette promesse.
Lorsquâil tomba finalement, assassinĂ© dans lâombre par HĆzuki Suigetsu, nul ne fut rĂ©ellement surpris. Le Compteur de Morts avait fait de Kiri un charnier Ă ciel ouvert, mais son hĂ©ritage demeura gravĂ© dans la chair du village : la Fosse Sanglante devint un rite, les sabreurs une caste sacrĂ©e, et la Brume, dĂ©jĂ sanglante, devint gloutonne.
Depuis Kazuyori Karatachi, Kiri sait que la mort nâest pas seulement une fin. Dans la Brume, elle peut devenir un spectacle.
La chute de Kazuyori Karatachi ouvrit un vide que la brume elle-mĂȘme semblait redouter. Dans ce silence, Suigetsu HĆzuki sâavança. SurnommĂ© lâAlchimiste Silencieux, il ne devint pas Mizukage par acclamation, ni par hĂ©ritage reconnu. Il prit le titre, simplement. Dâun geste invisible, dâune trahison effacĂ©e, il fit disparaĂźtre Kazuyori et Ă©touffa les cris avant mĂȘme quâils ne puissent devenir des rumeurs. Aucun tĂ©moin. Aucun discours. Seulement une Ă©vidence : dĂ©sormais, il rĂ©gnait.
Contrairement Ă ses prĂ©dĂ©cesseurs, Suigetsu ne chercha ni la terreur brute, ni le carnage spectaculaire. Il gouverna dans le secret, dans les laboratoires noyĂ©s, les archives interdites et les profondeurs que mĂȘme la lumiĂšre de Kiri nâatteignait plus. Ă lâextĂ©rieur, le village semblait plus calme, presque apaisĂ© aprĂšs les excĂšs du Compteur de Morts. Mais Ă lâintĂ©rieur, le cauchemar avait simplement changĂ© de forme.
Sous son rĂšgne naquirent les premiers grands projets de manipulation humaine. Suigetsu fit de la science une arme et de la dissimulation une doctrine. Dans ses laboratoires, on dissĂ©quait la chair, le chakra et lâĂąme pour produire des serviteurs parfaits. Des enfants disparurent, des clans furent exploitĂ©s, et des cobayes devinrent des outils vivants. De ces expĂ©riences surgirent les premiers prototypes de Yokushin : ĂȘtres façonnĂ©s pour obĂ©ir, esclaves de chair et de chakra, privĂ©s peu Ă peu de ce que les hommes appellent libertĂ©.
Câest Ă©galement sous Suigetsu quâapparut lâun des plus sombres hĂ©ritages de Kiri : le Gourdin de Corail. TaillĂ© dans un corail noir des abysses et imprĂ©gnĂ© de chakra, il aurait reçu en son cĆur lâĂąme de Kazuyori Karatachi, scellĂ©e pour lâempĂȘcher de rejoindre la brume et les Ăąmes qui sây trouvaient, de peur quâil ne les parasite Ă son tour. DĂšs lors, le bĂąton devint un hĂ©ritage silencieux, transmis de Mizukage en Mizukage, jamais pleinement compris, jamais rĂ©ellement maĂźtrisĂ©.
Suigetsu ne fut ni un tyran rugissant comme Kurai, ni un boucher exaltĂ© comme Kazuyori. Il fut pire encore : un architecte invisible. Il transforma la brume en laboratoire vivant, oĂč lâon façonnait les monstres loin des regards. Il offrit aux HĆzuki une place hĂ©gĂ©monique, car eux seuls dĂ©tenaient les secrets des Yokushin, du BĂąton de Korabu et des expĂ©riences enfouies sous les eaux.
Ă sa mort, nul nâosa cĂ©lĂ©brer. Nul ne pleura vraiment. Le silence Ă©tait devenu la langue de Kiri, et son hĂ©ritage, fait de science, de chair brisĂ©e et de secrets noyĂ©s, continua de respirer dans les profondeurs du village.
Lorsque Suigetsu HĆzuki mourut, il laissa derriĂšre lui un village changĂ© en laboratoire de chair, de secrets et dâexpĂ©riences enfouies. Mais cette science sans visage avait brisĂ© lâĂ©quilibre fragile de Kiri. Les clans se haĂŻssaient, les sabreurs se disputaient les lames, et les purges silencieuses avaient semĂ© la paranoĂŻa jusque dans les foyers. De ce chaos sâĂ©leva Reigetsu HĆzuki.
Reigetsu ne fut ni un conquĂ©rant, ni un boucher. Il fut un chirurgien de lâordre, un homme convaincu que la paix nâĂ©tait pas un idĂ©al, mais une stratĂ©gie. LĂ oĂč Kazuyori avait imposĂ© le spectacle, et Suigetsu le secret, Reigetsu imposa le silence. Pas de grands discours, pas dâarĂšnes livrĂ©es Ă la foule, seulement une peur mĂ©thodique, des purges ciblĂ©es et une hiĂ©rarchie de fer.
Sous son rĂšgne, les chefs de clan furent convoquĂ©s encore et encore, jusquâĂ ce que leurs signatures deviennent des chaĂźnes. Les duels furent interdits, la Fosse Sanglante codifiĂ©e, et le Conseil de la Brume rĂ©duit Ă une institution docile, incapable dâagir sans lâaval du Mizukage. Reigetsu ne voulait pas supprimer la violence de Kiri : il voulait la rendre utile, contrĂŽlĂ©e, prĂ©visible.
Dans lâombre, son frĂšre Nagegetsu veillait. Discret, froid, dĂ©pourvu de gloire apparente, il façonnait pourtant une part essentielle du rĂšgne. Ensemble, les deux HĆzuki gouvernĂšrent Kiri comme un mĂ©canisme. Chaque sabreur fut rĂ©pertoriĂ©, chaque clan surveillĂ©, chaque arme consignĂ©e. Les Sept ĂpĂ©es de la Brume furent officiellement regroupĂ©es et codifiĂ©es, mais nul ne pouvait les manier sans lâautorisation du Mizukage. MĂȘme les monstres nĂ©s de la Fosse devaient dĂ©sormais plier devant lâordre.
Câest aussi sous Reigetsu que le BĂąton de Korabu, jusque-lĂ relĂ©guĂ© dans lâombre, devint un symbole visible du pouvoir. Pour la plupart, il nâĂ©tait quâun sceptre. Pour ceux qui connaissaient les secrets de Suigetsu, il Ă©tait un avertissement : la lignĂ©e HĆzuki ne rĂ©gnait pas seulement sur Kiri, elle portait avec elle les Ăąmes, les fautes et les monstres de ses prĂ©dĂ©cesseurs.
Pour maintenir son calme apparent, Reigetsu conclut des pactes secrets, parfois avec des clans rivaux, parfois avec ses propres sabreurs. Il prĂ©fĂ©rait tuer avant que le danger nâapparaisse, et ses exĂ©cutions prĂ©ventives Ă©touffĂšrent plus dâune rĂ©bellion avant mĂȘme quâelle ne trouve un nom. Son rĂšgne fut une Ă©poque de lassitude, oĂč les clans ne se battaient plus par conviction, mais par peur, par calcul, ou simplement par fatigue.
Mais mĂȘme les silences les plus Ă©pais cachent des hurlements. Reigetsu fut finalement trahi par Mizugami Hoshigaki, un sabreur fanatique surnommĂ© le DĂ©mon de la Brume, nostalgique de lâĂšre sanglante. Le SixiĂšme Mizukage tomba sous sa lame. Nagegetsu fit empoisonner lâassassin sans procĂšs, sans Ă©clat, puis monta sur le trĂŽne dans le mĂȘme silence que son frĂšre.
Reigetsu avait transformĂ© Kiri en mausolĂ©e vivant, un village oĂč la peur remplaçait la foi et oĂč lâordre ressemblait parfois Ă une tombe. Mais il laissa derriĂšre lui une leçon inscrite dans la brume elle-mĂȘme : Ă Kiri, la paix nâest jamais un idĂ©al. Elle est une arme.
Lorsque Reigetsu tomba sous la lame du DĂ©mon de la Brume, ce fut son frĂšre, Nagegetsu HĆzuki, qui ramassa le chapeau ensanglantĂ©. Il ne prononça aucun discours, pas mĂȘme lors de son intronisation. Lâassassin fut empoisonnĂ© dans lâombre, sans procĂšs ni spectacle, et Nagegetsu sâassit sur le trĂŽne comme il avait toujours vĂ©cu : dans le silence.
Nagegetsu nâĂ©tait ni un sabreur, ni un conquĂ©rant. CâĂ©tait un homme dâintellect, un hĂ©ritier des secrets, trop vieux pour la guerre mais riche dâun savoir immense. LĂ oĂč Reigetsu avait imposĂ© le calme par la peur, lui chercha Ă codifier ce silence, Ă transformer lâordre en systĂšme et les tĂ©nĂšbres en hĂ©ritage.
Sous son rĂšgne, les recherches interdites de Suigetsu furent reprises, achevĂ©es et dissimulĂ©es derriĂšre une façade de contrĂŽle. Nagegetsu officialisa la crĂ©ation des Yokushin, faisant de ces ĂȘtres façonnĂ©s dans la chair et le chakra des serviteurs scellĂ©s aux grandes lignĂ©es HĆzuki. Chaque maĂźtre devait possĂ©der son ombre vivante, son double obĂ©issant, son arme privĂ©e. Les Yokushin nâĂ©taient plus seulement des expĂ©riences : ils devinrent un statut.
Kiri, sous Nagegetsu, se figea. La brume ne grondait plus, elle stagnait. Les Hoshigaki sâĂ©taient repliĂ©s, les Karatachi sâĂ©taient ensauvagĂ©s, et le Conseil de la Brume nâĂ©tait plus quâune façade sans rĂ©el pouvoir. Le village entier semblait fonctionner comme une machine de chair, maintenue en mouvement par la hiĂ©rarchie, la peur et la servitude.
Le BĂąton de Korabu resta entre ses mains, visible aux yeux de tous, mais jamais expliquĂ©. Nagegetsu ne rĂ©vĂ©la rien de ce quâil contenait, ni de ce quâil reprĂ©sentait vraiment. Il sâen servait comme dâun sceptre muet, rappelant Ă chacun que le pouvoir Ă Kiri nâĂ©tait pas seulement une autoritĂ©, mais un fardeau scellĂ© dans les abysses.
Pourtant, son rĂšgne ne fut pas celui dâun bĂątisseur. Il ne rĂȘva ni de conquĂȘtes, ni de grandes rĂ©formes. Il maintint simplement lâordre, jusquâĂ transformer Kiri en une paix Ă©touffante, une mise sous cloche oĂč les clans ne se dĂ©chiraient plus seulement parce quâils nâen avaient plus lâespace. Mais ce calme apparent nourrissait autre chose : une gĂ©nĂ©ration frustrĂ©e, privĂ©e de mouvement, prĂȘte Ă briser le silence quâon lui imposait.
Parmi elle grandissait Yogetsu HĆzuki, son propre fils. FormĂ© par un maĂźtre redoutĂ©, le DĂ©mon de la Brume, envoyĂ© au front dĂšs lâĂąge de quinze ans, Yogetsu observa tout : la faiblesse de son pĂšre, la trahison de Mizugami, lâimmobilitĂ© dâun village gouvernĂ© sans vision. Il comprit alors que lâordre seul nâĂ©tait quâun tombeau bien entretenu.
Ainsi sâacheva le rĂšgne de Nagegetsu HĆzuki, non dans une explosion de sang, mais dans une lente extinction. Il offrit Ă Kiri une stabilitĂ© glaciale, mais laissa derriĂšre lui une gĂ©nĂ©ration qui ne voulait plus survivre dans le silence. Une gĂ©nĂ©ration prĂȘte Ă faire de la brume, une nouvelle fois, un champ de guerre.
Yogetsu HĆzuki grandit dans un Kiri figĂ© par le silence de son pĂšre, Nagegetsu, et hantĂ© par les spectres des anciens Mizukage. Enfant du chaos, Ă©levĂ© par un pĂšre froid et formĂ© par un maĂźtre monstrueux, le DĂ©mon de la Brume, il apprit trĂšs tĂŽt que la guerre nâĂ©tait pas une Ă©preuve, mais un théùtre oĂč les masques finissaient toujours par tomber.
EnvoyĂ© au front Ă quinze ans, Yogetsu nâĂ©tait ni le plus brutal, ni le plus bruyant. LĂ oĂč ses camarades tuaient, lui observait. LĂ oĂč dâautres se perdaient dans la rage, il Ă©tudiait la peur, les faiblesses et les fissures. De son pĂšre, il tira une admiration glaciale autant quâun profond mĂ©pris pour sa passivitĂ©. De Reigetsu, il retint la discipline. De Mizugami, la folie. De tous, il conserva une seule leçon : le pouvoir ne se donne pas, il se prend.
Lorsquâil succĂ©da Ă Nagegetsu, Yogetsu ne se prĂ©senta pas comme un gardien du silence, mais comme un conquĂ©rant de brume. Ă ses yeux, Kiri nâĂ©tait pas un village, mais une arme inachevĂ©e. Il fit du BĂąton de Korabu, hĂ©ritage obscur des HĆzuki, le symbole de son autoritĂ©, et certains racontent quâil passait des nuits entiĂšres Ă Ă©couter les murmures du sceptre noir, persuadĂ© quâil lui rĂ©vĂ©lait la voie Ă suivre.
TrĂšs vite, il relança la quĂȘte des Sept ĂpĂ©es de la Brume. Certaines Ă©taient perdues, dâautres passĂ©es entre des mains indignes, mais Yogetsu jura quâelles reviendraient toutes Ă Kiri, une par une. Chaque mission, chaque sabreur, chaque shinobi devait contribuer Ă cette rĂ©appropriation, comme si le destin du village dĂ©pendait du retour de ces lames maudites.
Yogetsu ne voulait pas seulement maintenir Kiri. Il voulait lâĂ©lever au-dessus des autres nations. Pour lui, la brume ne devait plus seulement cacher : elle devait engloutir. Ă lâextĂ©rieur, ses expĂ©ditions frappĂšrent les marges des grandes puissances pour rappeler au monde que Kiri ne sommeillait plus. Ă lâintĂ©rieur, il raffermit lâautoritĂ© des HĆzuki, relança les programmes secrets liĂ©s aux Yokushin et encouragea une nouvelle gĂ©nĂ©ration de sabreurs Ă se vouer entiĂšrement Ă la doctrine des lames.
Mais son ambition dĂ©passait le simple chapeau de Mizukage. Avec le temps, Yogetsu abandonna la direction militaire du village pour sâĂ©lever plus haut encore, devenant DaimyĆ du Pays de lâEau. Par ce geste, il officialisa lâhĂ©gĂ©monie des HĆzuki et fit de son clan la famille royale du pays, scellant dans la loi ce que des gĂ©nĂ©rations avaient bĂąti dans le sang, les pactes et la brume.
Aujourdâhui encore, vieilli mais toujours redoutable, Yogetsu refuse de lĂącher le trĂŽne. LĂ oĂč dâautres auraient acceptĂ© le repos, lui sâaccroche au pouvoir avec une hargne lĂ©gendaire, comme si chaque ride, chaque faiblesse et chaque souffle plus court nâĂ©taient que des ennemis supplĂ©mentaires Ă vaincre. Il nâest plus seulement lâancien Mizukage de Kiri : il est le vieux souverain qui refuse de mourir avant dâavoir vu la brume devenir empire.
Sous son rĂšgne, la brume cessa dâĂȘtre immobile. Elle se remit Ă bouger, Ă vibrer, Ă respirer. Et avec elle naquit un serment : Kiri ne resterait pas un village. Kiri deviendrait une marĂ©e.
2nd Génération
3Úme Génération
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