đ¶ă»Origines d'Oto đ
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I. Le rĂȘve avant le village
Lâhistoire dâOtogakure ne commence pas par une grande alliance de clans, ni par la volontĂ© dâun pays prospĂšre de protĂ©ger ses terres. Elle commence par un refus. Le refus dâaccepter que les grandes nations puissent dĂ©cider seules qui mĂ©rite une place, qui doit ĂȘtre rejetĂ©, qui peut ĂȘtre utilisĂ©, puis abandonnĂ© lorsque son existence devient dĂ©rangeante. Avant dâĂȘtre un village, Oto fut un rĂȘve portĂ© par des hommes et des femmes que le monde shinobi avait condamnĂ©s au silence, un rĂȘve pour les orphelins, les renĂ©gats, les monstres, les savants incompris, les croyants maudits, les samouraĂŻs brisĂ©s et toutes les Ăąmes que les villages prĂ©fĂ©raient chasser plutĂŽt quâaccueillir.
Ă lâorigine de ce rĂȘve se trouvait Noboru Raimei, ancien membre du clan Raimei, tĂ©moin des abus, des humiliations et des sacrifices imposĂ©s par lâordre Ă©tabli. Dans les dunes du Pays du Vent, il vit ce que les puissants appelaient stabilitĂ© et ce que les faibles vivaient comme une oppression. Il comprit que les grandes nations ne protĂ©geaient pas tous les hommes de la mĂȘme maniĂšre, car certains naissaient avec un nom, une armĂ©e, un domaine ou une place reconnue, tandis que dâautres nâĂ©taient dĂ©fendus par personne. Câest pour ces oubliĂ©s que lâidĂ©e dâOto commença Ă naĂźtre, non comme une conquĂȘte, mais comme la promesse dâun foyer pour ceux que le monde refusait de regarder en face.
Cette idĂ©e fut dâabord fragile, presque impossible Ă imposer dans un monde dominĂ© par des puissances anciennes. Noboru voulait offrir une terre Ă ceux qui nâen avaient aucune, quâils soient considĂ©rĂ©s comme des hommes ou des monstres, des fous ou des savants, des croyants ou des renĂ©gats. Oto ne devait pas demander Ă ses habitants dâĂȘtre purs, nobles, normaux ou acceptables. Il devait seulement leur permettre dâexister, de survivre et de faire entendre leur propre son dans un monde qui avait trop souvent dĂ©cidĂ© de parler Ă leur place.
II. Suna, premier bourreau du rĂȘve
Dans la mĂ©moire des premiers habitants dâOto, Sunagakure ne fut pas seulement un rival politique, mais le premier grand bourreau du rĂȘve de Noboru. Suna reprĂ©sentait tout ce contre quoi lâidĂ©e dâOto sâĂ©tait Ă©veillĂ©e : un village capable de dĂ©cider qui mĂ©ritait une place, qui devait ĂȘtre remplacĂ©, qui devait ĂȘtre chassĂ© et qui pouvait ĂȘtre dĂ©truit au nom dâun ordre prĂ©sentĂ© comme nĂ©cessaire. Le Pays du Vent ne fut donc pas seulement une ancienne terre dâorigine pour une partie des fondateurs, mais la blessure initiale autour de laquelle le rĂȘve dâOto prit forme.
Les Raimei furent les premiers Ă porter cette fracture. Autrefois influents au sein du Pays du Vent, respectĂ©s pour leur culture, leur art, leurs rĂ©seaux et leur capacitĂ© Ă rayonner aux quatre coins du dĂ©sert, ils furent progressivement Ă©cartĂ©s au profit des Ensho, que le DaimyĆ prĂ©fĂ©ra pour leur maĂźtrise des routes commerciales et leur influence grandissante sur les Ă©changes du pays. Ce remplacement ne fut pas une simple Ă©volution politique. Il fut vĂ©cu comme une dĂ©possession totale. Les Raimei perdirent leur domaine, leur place dans lâarmĂ©e, leur influence, leur argent et la reconnaissance qui faisait autrefois leur prestige. Lorsquâils finirent par partir, ils ne quittĂšrent pas seulement un village, ils quittĂšrent une nation qui avait dĂ©cidĂ© quâils nâĂ©taient plus nĂ©cessaires.
Ă cette blessure sâajouta la situation des jashinistes, qui nâavaient jamais Ă©tĂ© implantĂ©s Ă Suna, mais qui y furent dĂ©clarĂ©s persona non grata. Leur foi, leurs rites et tout ce quâils reprĂ©sentaient Ă©taient jugĂ©s incompatibles avec lâordre que le Pays du Vent voulait dĂ©fendre. LĂ oĂč Suna voyait une menace Ă repousser, Oto verrait plus tard des ĂȘtres que le monde condamnait avant mĂȘme de leur offrir une place. Cette diffĂ©rence deviendrait lâun des fondements du village du Son : ceux que les autres nations chassent pour ce quâils sont ou ce quâils croient doivent pouvoir trouver quelque part un lieu oĂč leur existence nâest pas immĂ©diatement traitĂ©e comme un crime.
Mais lâĂ©vĂ©nement qui fit dĂ©finitivement de Suna lâennemi originel dâOto fut la destruction de lâOtogane. Lorsque Sunagakure lĂącha Shukaku, le dĂ©mon Ă une queue, sur ce qui devait devenir le cĆur du rĂȘve de Noboru, il ne sâagissait plus seulement dâune rĂ©pression ou dâune guerre. Aux yeux des survivants, Suna avait tentĂ© dâeffacer jusquâĂ la possibilitĂ© mĂȘme dâun refuge. LâOtogane fut rasĂ©e, ses fondations anĂ©anties et ses espoirs dispersĂ©s dans la poussiĂšre, comme si le dĂ©sert voulait prouver une derniĂšre fois aux parias quâaucun foyer ne leur serait jamais accordĂ©.
III. Noboru Raimei et les premiĂšres fausses notes
Avant que tout ne soit rĂ©duit en ruines, Noboru avait pourtant rĂ©ussi Ă rassembler autour de lui des figures singuliĂšres, chacune Ă©trange, dangereuse ou indispensable Ă sa maniĂšre. Il y eut lâArchitecte, vieille femme au caractĂšre trempĂ©, capable de donner une forme concrĂšte au rĂȘve en concevant des souterrains, des lieux de vie et des infrastructures lĂ oĂč dâautres ne voyaient quâun refuge impossible. Il y eut Ozai, lâimmortel disciple de Jashin, prĂ©sence terrifiante mais rĂ©vĂ©latrice de ce quâOto acceptait de porter en son sein. Il y eut RyĂ»ga, ancien Ă©pĂ©iste de la Brume, guerrier traquĂ© qui trouva dans ce projet une cause Ă protĂ©ger. Il y eut enfin Mayuri Kosaka, Ă©rudit brutal, mĂ©decin, savant et maĂźtre des connaissances interdites, dont lâintelligence permit au rĂȘve de Noboru de survivre plus longtemps que les hommes qui lâavaient portĂ©.
Ces ĂȘtres nâĂ©taient pas faits pour former une harmonie parfaite. Ils Ă©taient trop diffĂ©rents, trop instables, trop marquĂ©s par leurs propres obsessions pour ressembler aux fondateurs glorieux que certaines nations aiment cĂ©lĂ©brer. Pourtant, câest prĂ©cisĂ©ment pour cela quâils incarnaient dĂ©jĂ lâesprit dâOto. Ils Ă©taient une symphonie de fausses notes, chacune presque insupportable lorsquâelle Ă©tait isolĂ©e, mais capable de produire quelque chose dâunique lorsquâelle acceptait de rĂ©sonner avec les autres. Ă lâoreille du monde, cela ressemblait Ă du chaos. Pour ceux qui nâavaient jamais eu de foyer, cela commençait dĂ©jĂ Ă ressembler Ă une musique.
Noboru porta cette vision jusquâĂ ses limites, mais son propre pouvoir et les artefacts quâil maniait finirent par le consumer. Le Tambour des Sept Symphonies, capable de protĂ©ger autant que de dĂ©truire, rongea peu Ă peu ce quâil restait de luciditĂ© chez celui qui avait rĂȘvĂ© dâun refuge pour les faibles. Le fondateur devint ce quâil avait combattu, reproduisant dans son propre rĂȘve une part de la tyrannie quâil avait voulu fuir. Sa mort, provoquĂ©e par ceux qui avaient compris quâil fallait sauver lâidĂ©e plutĂŽt que lâhomme, transforma Noboru en une figure Ă la fois fondatrice et tragique.
IV. Raiko Monohanta et les enfants sans foyer
Bien avant que les ruines de lâOtogane ne deviennent le centre du futur projet, Raiko Monohanta portait dĂ©jĂ en lui le dĂ©sir de bĂątir un lieu de paix pour ceux qui la dĂ©siraient rĂ©ellement. Son rĂȘve nâĂ©tait pas encore celui dâun village militaire, ni celui dâune puissance destinĂ©e Ă rivaliser avec les grandes nations. Il voulait dâabord crĂ©er un havre, un endroit capable dâaccueillir un peuple qui ne serait pas nĂ©cessairement composĂ© de ninjas, qui nâen partagerait pas forcĂ©ment les coutumes, les valeurs ou les ambitions, et qui pourrait exister autrement que sous la logique des missions, des armĂ©es et des drapeaux.
Ce souhait prit une forme plus concrĂšte lorsquâil rencontra trois jeunes ninjas de Konoha ayant dĂ©sertĂ©, lassĂ©s de la folie, des ambitions destructrices et des dĂ©rives de certains membres de leur ancien village. Ces jeunes portaient aussi une volontĂ© plus personnelle : retourner sauver leurs frĂšres et sĆurs orphelins Ă Ame, leur pays dâorigine, oĂč beaucoup dâenfants vivaient encore dans la misĂšre, la peur et lâabandon. Raiko adopta alors Gin, Nagane et Denki Sawada, puis les forma Ă diffĂ©rents arts, de la survie Ă lâĂ©rudition, en passant par le combat, afin quâils ne soient plus seulement des enfants en fuite, mais les premiers compagnons capables de porter avec lui lâidĂ©e dâun peuple Ă rassembler.
Câest avec eux que dĂ©buta la sĂ©rie de libĂ©rations Ă Ame. Dans un orphelinat esclavagiste, les jeunes Sawada sâinfiltrĂšrent pour libĂ©rer les enfants aprĂšs sâĂȘtre occupĂ©s des marchands dâesclaves, tandis que Raiko massacrait les gardes, sĂ©curisait les voies de fuite, protĂ©geait les voyages de retour et Ă©liminait les poursuivants qui menaçaient les enfants libĂ©rĂ©s. Ce ne fut pas une opĂ©ration propre, ni une mission menĂ©e au nom dâune institution reconnue. Ce fut le commencement brutal dâun peuple arrachĂ© Ă ceux qui avaient fait de sa faiblesse une marchandise.
Lorsque Raiko revint avec ces orphelins, il comprit cependant que la vie nomade quâil menait ne pouvait pas convenir Ă ceux qui nâavaient jamais Ă©tĂ© prĂ©parĂ©s Ă vivre ainsi. Les enfants, les survivants et les exilĂ©s quâil rassemblait nâavaient pas seulement besoin dâĂȘtre dĂ©placĂ©s dâun danger Ă un autre. Ils avaient besoin dâun lieu oĂč dormir, grandir, apprendre et ne plus dĂ©pendre Ă©ternellement de la route. Câest alors que son regard se porta vers les ruines de lâOtogane, non parce quâelles offraient encore quelque chose de solide, mais parce quâelles reprĂ©sentaient lâun des rares endroits oĂč un rĂȘve semblable avait dĂ©jĂ tentĂ© dâexister.
V. Les ruines de lâOtogane et le refus dâOzai
Lorsque Raiko se tourna vers les vestiges de lâOtogane, il ne trouva pas un village Ă relever facilement, mais un lieu dĂ©vastĂ©, marquĂ© par les consĂ©quences de la destruction imposĂ©e par Suna et par lâĂ©chec tragique du rĂȘve de Noboru. Les ruines ne suffisaient pas Ă bĂątir un foyer, et les reliquats encore prĂ©sents nâĂ©taient pas tous disposĂ©s Ă accepter lâarrivĂ©e dâun nouveau projet portĂ© par un nomade, des orphelins et trois jeunes lieutenants venus dâailleurs. Lors dâun premier Ă©change, Ozai et dâautres refusĂšrent, preuve que mĂȘme parmi ceux qui avaient connu lâOtogane, lâidĂ©e de recommencer nâallait pas de soi.
Raiko comprit alors quâil lui fallait deux choses : de la puissance, et la capacitĂ© de ne pas rĂ©vĂ©ler pleinement la sienne. Il ne pouvait pas imposer seul un projet aussi fragile, car un foyer bĂąti uniquement sur sa force personnelle mourrait le jour oĂč cette force ne suffirait plus. Câest pour cela quâil lui fallait les Raimei. Ils avaient connu, comme lui, une forme dâerrance et de dĂ©placement, mais certains dâentre eux avaient Ă©galement appris Ă se sĂ©dentariser, Ă tenir un domaine, Ă gĂ©rer des routes, Ă structurer une influence et Ă reprĂ©senter une continuitĂ© aux yeux du monde. Ils Ă©taient le pont idĂ©al entre la vie nomade de Raiko et la stabilitĂ© dont les orphelins avaient besoin.
Raiko alla donc chercher Kazuya Raimei, lui parla de son projet, du rĂȘve de Noboru, des enfants sauvĂ©s, des ruines de lâOtogane et de la nĂ©cessitĂ© de bĂątir un lieu oĂč les rejetĂ©s ne seraient plus condamnĂ©s Ă errer. Kazuya refusa dâabord, car il pensait encore avoir trop Ă rĂ©gler au sein du Pays du Vent. La crise des routes commerciales contrĂŽlĂ©es par les Raimei, les divisions internes Ă Suna et lâespoir de restaurer lâimage de son clan le retenaient encore. Une part de lui croyait que les Raimei pouvaient rĂ©cupĂ©rer leur place, convaincre ceux qui les avaient remplacĂ©s et prouver quâils nâĂ©taient pas une lignĂ©e Ă effacer.
Pour accentuer la pression et prĂ©cipiter lâeffondrement de cette illusion, Raiko et ses trois lieutenants attaquĂšrent clandestinement plusieurs comptoirs Raimei en mĂȘme temps que les Ensho. Lâobjectif nâĂ©tait pas seulement militaire. Il sâagissait de montrer que la place des Raimei au Pays du Vent Ă©tait dĂ©jĂ perdue, que les routes leur Ă©chappaient, que leur influence se fissurait et que ceux qui croyaient encore pouvoir redorer leur nom dans le dĂ©sert dĂ©fendaient un monde qui les avait dĂ©jĂ remplacĂ©s. Ce choix fut brutal, mais il correspondait Ă la logique de Raiko : parfois, pour sauver un peuple de son propre naufrage, il fallait dâabord lui faire comprendre que le navire avait dĂ©jĂ coulĂ©.
VI. Kazuya Raimei et le choix du symbole
AprĂšs quelque temps, Raiko retourna voir Kazuya et parvint finalement Ă le convaincre. Les raisons Ă©taient multiples, mais toutes menaient Ă la mĂȘme conclusion : les Raimei nâavaient plus dâavenir dans un Pays du Vent qui les avait dĂ©pouillĂ©s de leur domaine, de leur influence, de leur place militaire, de leur argent et de leur prestige. Ils pouvaient rester pour tenter de sauver les dĂ©bris dâun monde qui ne voulait plus dâeux, ou partir pour bĂątir quelque chose de nouveau avec ceux qui nâavaient jamais eu la chance de possĂ©der quoi que ce soit.
Kazuya accepta alors de reprendre le rĂȘve de Noboru. Avec les Raimei en exil, les lieutenants de Raiko, les orphelins libĂ©rĂ©s et ceux qui avaient survĂ©cu aux ruines de lâOtogane, ils sâemparĂšrent des vestiges du projet ancien pour en faire le cĆur dâun nouveau foyer. Face Ă cette supĂ©rioritĂ© martiale et numĂ©rique, Ozai fut contraint dâaccepter la situation, et les reliquats de lâOtogane fusionnĂšrent progressivement avec ce peuple nouvellement rassemblĂ©. Ce ne fut pas une union parfaitement harmonieuse, mais Oto nâavait jamais Ă©tĂ© destinĂ© Ă naĂźtre dâune harmonie parfaite.
Tout aurait pu pousser Raiko Ă devenir le premier dirigeant dâOto. Il avait portĂ© le projet, rassemblĂ© les orphelins, libĂ©rĂ© les enfants dâAme, cherchĂ© les ruines de lâOtogane et convaincu les Raimei de rejoindre lâavenir plutĂŽt que de mourir avec leur passĂ©. Pourtant, il demanda Ă Kazuya de prendre cette place. Officiellement, parce que Kazuya Ă©tait un Raimei, comme Noboru, et que son nom possĂ©dait une force symbolique que les autres nations pouvaient comprendre. Officiellement aussi, parce que Raiko restait trop attachĂ© Ă sa vie de nomade pour accepter de se lier entiĂšrement Ă un siĂšge, Ă des murs et Ă une fonction qui lâempĂȘcherait de marcher librement.
Officieusement, la vĂ©ritĂ© Ă©tait plus complexe. Raiko voyait dĂ©jĂ le jeune projet devenir doucement ce quâil dĂ©testait : un village de ninjas, avec ses structures, ses hiĂ©rarchies, ses rĂ©flexes militaires et ses ambitions de puissance. Câest pour cela que tant de choses furent nommĂ©es diffĂ©remment Ă Oto, afin de se dĂ©tacher autant que possible de lâimage des villages cachĂ©s classiques. Le choix du titre de Tetsukage ne fut donc pas seulement une imitation du monde shinobi, mais une maniĂšre de crĂ©er autre chose, un pouvoir issu du Son plutĂŽt quâun simple reflet des grandes nations.
VII. Les samouraĂŻs, lâOtoken et les nouvelles familles
Aux orphelins, aux Raimei, aux reliquats de lâOtogane et aux renĂ©gats vinrent Ă©galement sâajouter des samouraĂŻs, marquĂ©s par le massacre des leurs par Kazuma Uchiha. Leur arrivĂ©e donna au projet une dimension supplĂ©mentaire, car Oto ne rassemblait plus seulement des ninjas rejetĂ©s, mais aussi des hĂ©ritiers dâautres traditions guerriĂšres, des survivants dâun monde diffĂ©rent, porteurs dâun rapport Ă lâhonneur, Ă lâarme et Ă la discipline qui ne se confondait pas avec celui des villages cachĂ©s.
Peu aprĂšs leur intĂ©gration, Raiko crĂ©a lâOtoken, hĂ©ritage samouraĂŻ ayant migrĂ© jusquâĂ Oto, afin que cette tradition ne soit pas simplement absorbĂ©e par le chaos du village naissant. Il profita Ă©galement de cette recomposition pour hisser les Kamishiro au rang de grande famille samouraĂŻ, aux cĂŽtĂ©s des Hanabi et des Tensho, remplaçant ainsi les Shingen, dĂ©cimĂ©s ou rejetĂ©s du BushidĆ pour les survivants qui avaient abandonnĂ© cette voie. Cette dĂ©cision montrait une nouvelle fois que le projet dâOto ne consistait pas seulement Ă accumuler des exclus, mais Ă leur donner une structure, une place et une continuitĂ©.
Parmi tous les enfants sauvĂ©s, Denki, Nagane et Gin occupĂšrent une place particuliĂšre dans ce que devint Oto. Eux qui reprĂ©sentaient dĂ©jĂ lâexcellence des orphelins recueillis par Raiko ne restĂšrent pas simplement les premiers compagnons du projet. Ils Ă©voluĂšrent Ă©normĂ©ment au fil de la construction du village, jusquâĂ devenir bien davantage que ce quâils Ă©taient au dĂ©part. Les dĂ©tails exacts de cette Ă©volution demeurent aujourdâhui entourĂ©s de mystĂšre, et lâon raconte que seuls leurs hĂ©ritiers connaissent rĂ©ellement les Ă©preuves, les choix et les transformations qui les menĂšrent jusque-lĂ . Denki devint ainsi le premier membre du clan Salamandre, Nagane ouvrit la voie des Kaguya dâOto, tandis que Gin transforma la simple agrĂ©gation de mercenaires qu'Ă©taient les FĂ»ma en ce qui deviendrait plus tard le clan FĂ»ma, une fois qu'il l'eut rejoint..
Ainsi, le village commença Ă ressembler Ă ce quâaucune autre nation nâaurait pu produire. Des orphelins dâAme y cĂŽtoyaient des Raimei exilĂ©s du dĂ©sert, des jashinistes persona non grata, des savants dangereux, des renĂ©gats, des samouraĂŻs brisĂ©s, des survivants de massacres et des enfants qui nâavaient jamais connu dâautre loi que celle des plus forts. Ă lâextĂ©rieur, cet assemblage semblait impossible Ă tenir. Ă lâintĂ©rieur, il devenait peu Ă peu la preuve que ce que les grandes nations appelaient chaos pouvait devenir une sociĂ©tĂ©, Ă condition que chacun accepte de faire entendre sa note sans chercher Ă Ă©touffer toutes les autres.
VIII. Une petite nation face aux grandes
DĂšs ses origines, Oto comprit toutefois quâun refuge sans force nâĂ©tait quâune proie attendant son prochain bourreau. Les fondateurs savaient que les grandes nations ne respecteraient jamais durablement un territoire incapable de se dĂ©fendre, surtout lorsque ce territoire accueillait prĂ©cisĂ©ment ceux quâelles avaient bannis, perdus, remplacĂ©s ou voulu effacer. Il ne suffisait donc pas dâoffrir un foyer. Il fallait bĂątir une puissance assez sĂ©rieuse pour que plus personne ne puisse rĂ©duire le Son au silence sans en payer le prix.
Lâobjectif dâOto devint alors de transformer une petite nation nĂ©e de rien en une force capable de rivaliser avec Kiri, Konoha, Iwa, Kumo, et surtout Suna, lâennemi originel dont les dĂ©cisions avaient nourri presque toutes les premiĂšres blessures du village. Suna avait exilĂ© les Raimei, prĂ©fĂ©rĂ© les Ensho, dĂ©clarĂ© les jashinistes persona non grata, dĂ©truit lâOtogane et lĂąchĂ© Shukaku sur ce qui devait devenir un refuge. Chaque pierre relevĂ©e, chaque tunnel creusĂ©, chaque enfant recueilli et chaque serment prononcĂ© portait donc en lui une part de cette mĂ©moire.
Pour rivaliser avec les grandes puissances, Oto ne pouvait pas imiter leur ordre. Elle ne possĂ©dait ni leurs anciennes lignĂ©es fondatrices, ni leurs richesses, ni leurs territoires prospĂšres, ni leurs traditions stabilisĂ©es. Sa force devait venir dâailleurs, de son chaos, de son audace et de sa capacitĂ© Ă transformer tout ce que le monde mĂ©prisait en armes, en savoirs, en techniques et en volontĂ©s. Les fous devinrent des inventeurs, les monstres des protecteurs, les savants des bĂątisseurs, les renĂ©gats des soldats, les samouraĂŻs des gardiens, et les orphelins les premiers hĂ©ritiers dâun village qui ne leur demandait pas dâoĂč ils venaient, mais ce quâils Ă©taient prĂȘts Ă construire.
IX. La symphonie du premier rĂȘve
Lorsque Kazuya Raimei devint le Premier Tetsukage, Oto nâĂ©tait encore quâun projet fragile, nĂ© de ruines, dâenfants sauvĂ©s, de clans exilĂ©s, de croyances rejetĂ©es et dâambitions contradictoires. Rien, dans sa composition, ne semblait annoncer un avenir stable. Pourtant, ceux qui avaient fait en sorte que ce rĂȘve devienne rĂ©alitĂ© espĂ©raient prĂ©cisĂ©ment quâil survivrait Ă cette contradiction. Oto devait ĂȘtre assez Ă©trange pour accueillir ceux que personne ne voulait, assez forte pour empĂȘcher les grandes nations de dĂ©cider Ă sa place, et assez libre pour ne jamais oublier quâelle Ă©tait nĂ©e du refus de devenir comme ceux qui lâavaient blessĂ©e.
Ce rĂȘve appartenait aux Raimei, mais pas seulement. Il appartenait aussi Ă Raiko Monohanta, aux Sawada, aux orphelins dâAme, aux reliquats de lâOtogane, aux jashinistes rejetĂ©s, aux savants, aux samouraĂŻs, aux monstres, aux renĂ©gats et Ă tous ceux qui avaient acceptĂ© de prendre part Ă une Ćuvre que le monde aurait prĂ©fĂ©rĂ©e impossible. Chacun avait apportĂ© sa propre note, parfois juste, parfois fausse, parfois violente, parfois presque insupportable. Mais ensemble, ces sons formaient quelque chose quâaucun autre pays nâaurait pu comprendre.
Oto Ă©tait une symphonie dysharmonieuse, un immense chaos qui devait continuer Ă Ă©mettre du son, Ă se faire entendre et Ă refuser le silence. Car si le Son venait Ă disparaĂźtre, alors les grandes nations recommenceraient Ă dĂ©cider seules du futur des parias, des orphelins et des rejetĂ©s. VoilĂ pourquoi Oto devait tenir longtemps, trĂšs longtemps, non comme un village parfait, mais comme la preuve vivante quâun foyer peut naĂźtre de ceux que le monde avait condamnĂ©s Ă nâen avoir aucun.
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